Le développement par le jeu

On est en 2020 et j’entends encore dire çà et là que le jeu vidéo est un des maux de la société. 35 ans après l’arrivée des consoles de troisième génération, celles qui ont réellement implanté la pratique dans les foyers, il y a encore des personnes pour dire que le fait de se retrouver derrière une manette entrainerait les pires défauts, tares et autres maux.

À chaque tuerie aux États-Unis, on précise si le psychopathe jouait et s’il le faisait, à quel jeu. Comme si la violence avait attendu 1985 pour s’offrir au monde ?

Parce que soi-disant, jouer derrière son écran cristalliserait des frustrations qui ne pourraient s’extérioriser que par la violence. Quasiment 3 milliards de personnes jouent dans le monde… le game over de notre humanité serait-il en marche ?

C’est marrant, mais je pense que je partage le même avis que 99% des… gamers, et ceci est sans doute dû à mon histoire que je résume rapidement. J’ai grandi en banlieue et pour éviter de me retrouver quelque part dans la rue, mon père a décidé de m’acheter une console de jeu. Une NES. Ça m’a offert une passion, un plan de carrière qui aura tenu 15 ans après le bac, une raison de travailler à l’école, des sujets de discussion, des amis, de la distraction et je m’arrête là parce que j’ai dit que je résumais. Qui ne souhaiterait pas ça pour son enfant ? 

Au-delà de ça, le jeu vidéo est un parfait vecteur d’exploitation ou de développement de potentiel. Pour les sceptiques, il suffit de taper sur Google pour voir comment les jeux vidéo accompagnent les personnes âgées dans certains lieux en leur procurant de la joie et une activité cérébrale, comment le jeu vidéo s’est inséré dans les hôpitaux. À travers le monde, les exemples sont légion.

Alors à quel moment va-t-on cesser d’incriminer les « gamers » dans ce qui arrive au monde ? Le jour où l’on comprendra que dans un jeu intelligent, et si l’on y joue intelligemment, il y a tous les ingrédients nécessaires pour développer les potentiels.

Je dis « intelligent » parce que comme il existe des livres nuls, des œuvres d’art horrible, des films indécents, naturellement, c’est aussi le cas dans les jeux vidéo. Tout est une question de sensibilité et de perception, mais évidemment, il existe des développeurs qui utilisent le média pour s’en servir à des fins différentes. Mais je laisserais ce faible pourcentage de côté pour m’intéresser au reste.

Imaginez ce que penseriez de quelqu’un si vous pouviez souligner que cette personne était à la fois rêveuse, persévérante, qu’elle sait venir en aide, qu’elle aime le challenge, qu’elle vit ses émotions, qu’elle est capable d’analyser et de prendre du recul, qu’elle a l’esprit d’équipe, qu’elle sait prendre plaisir, autant qu’elle sait prendre des décisions… 

Et bien quand on y regarde de plus près, il y a tout ça dans une ludothèque. Un jeune qui aurait un jeu comme « Detroit :Become Human » par exemple, développerait son imagination dans une histoire d’anticipation où il est autant question de la place que l’on réserverait aux androïdes dans notre monde, que d’un parallèle avec ce qu’on a pu faire lors de nos colonisations. Il y vivrait des émotions par des cas de conscience nés des lourdes décisions à prendre et imposés par l’histoire. Il lui amènerait même l’occasion de prendre du recul sur notre monde en se demandant : dans cette situation, est-ce que je l’aurais été ? Ce serait même sans doute plus inconscient de cela. Si ce même jeune avait dans sa ludothèque un jeu multijoueur quelconque, il développerait son appartenance à un groupe, relèverait des challenges, s’accrocherait à sa volonté de se perfectionner, prendrait des décisions en suivant son intuition et comprendrait l’importance de chaque individu dans un processus, vu l’effort apporté par les développeurs à l’équilibrage des différents rôles.

Il suffirait donc de seulement deux jeux pour que l’ensemble des qualités citées plus haut soient toutes réunies. Imaginez donc la richesse d’une bibliothèque pleine, avec des jeux de sports, d’aventures, de stratégies par exemple ?

Non le problème n’est pas qu’une simple question de « jouer aux jeux vidéo », mais surtout de ce qu’on en fait. Un film inapproprié à l’âge d’un enfant fera autant, si ce n’est plus de dégâts dans l’esprit d’un jeune. Des images au 20h non contrôlées auront-elles aussi autant d’impact.

On ne m’enlèvera pas de l’idée qu’un fou n’a besoin que d’une fourchette pour tuer 5 personnes. Est-ce pour autant que l’on considère que les fourchettes sont à l’origine de la violence dans le monde ? Pourtant les fourchettes sont arrivées dans nos vies bien avant 1985. Je ne pense pas que le jeu vidéo rende fou, je pense qu’un déséquilibré peut se servir de n’importe pour tuer, et qu’il est facile de dire qu’il passait son temps à jouer. S’il n’avait pas eu accès au jeu, il aurait passé son temps à faire autre chose, mais n’y aurait pas trouvé plus d’équilibre.

Arrêtons de diaboliser le jeu vidéo et concentrons-nous sur le potentiel que jouer nous permet d’exploiter et si vous n’êtes pas convaincus, je me ferai un plaisir d’échanger sur le sujet.

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